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Morgan Smits, biologiste marine, étudie les mécanismes d’immunité de la palourde

- Publié le 12/04/22

Dr Morgan Smits est une biologiste marine travaillant sur les capacités de réponse immunitaire de la palourde au laboratoire LEMAR, à l’Université de Bretagne-Occidentale. Elle y a débuté le projet IMMUCLAM en janvier dernier.

[team BIENVENÜE] Bonjour Morgan, comment êtes-vous venue à travailler sur votre sujet de recherche ?

[Dr Morgan Smits] Lors de ma thèse, j’ai travaillé sur les facteurs génétiques de l’immunité de la palourde. Les invertébrés possèdent des systèmes immunitaires contre les maladies très différents de ceux des vertébrés, et nous ne connaissons pas encore très bien le rôle de la génétique dans la résistance aux pathogènes. J’ai cherché à savoir s’il existait des mécanismes génétiques et ce qui pouvait y être associé, et si ces facteurs génétiques pouvaient êtres transmis d’une génération à la suivante.

Au-delà de l’aspect fondamental, mieux connaître ces mécanismes chez la palourde est important car c’est une espèce très produite en aquaculture. A l’heure actuelle, il y a peu de moyens de lutter contre les infections dans les élevages, et j’aimerai que mes recherches servent à améliorer cette aquaculture.

Après ma thèse en co-tutelle entre l’Université de Padoue (Italie) et l’Université de Bretagne-Occidentale, j’ai continué à travailler en Italie sur plusieurs projets, en partie sur la palourde. Mes travaux ont aussi approché l’écotoxicologie, c’est-à-dire la réponse aux polluants de diverses espèces vivant dans la lagune de Venise aujourd’hui très polluée.

Sur quoi allez-vous travailler dans le cadre du projet IMMUCLAM ?

Pendant ces deux prochaines années, je vais m’intéresser à l’immunité des palourdes contre un pathogène particulier, déclenchant la maladie dite de l’anneau brun. C’est une maladie chronique présente et identifiée depuis les années 1990 sur la côte bretonne, qui impacte la croissance et la reproduction des palourdes, ainsi que des épisodes de mortalités massives. Elle est un des facteurs associés à la baisse importante de la production aquacole de cette espèce ces dernières années.

Lors d’expérimentations d’inoculation du pathogène inactif à la palourde, je vais chercher à comprendre si la palourde peut avoir une certaine mémoire du pathogène. Lorsqu’elle le rencontre ensuite, est-ce que cette mémoire a un certain effet et apporte une protection ? Si oui, laquelle ? Ce mécanisme, appelé « priming », ressemble un peu aux vaccins développés pour les vertébrés.

Une fois cela déterminé, j’aimerai étudier la possibilité d’une protection transmise des parents vers leurs enfants, via ce qu’on appelle des effets épigénétiques. Cela pose des problématiques particulières pour identifier et suivre la généalogie des palourdes, puisque les larves se forment suite au délestage de gamètes par les mâles et les femelles dans les courants marins.

Ensuite, mon but sera de mettre au point et tester une méthode à partir de mes résultats dans une écloserie aquacole. Il faudrait quelque chose de simple mais efficace qui puisse bénéficier au secteur conchylicole sans nécessiter l’installation couteuse de matériel ou d’infrastructure. A plus long-terme, je pourrais tester cette méthode sur différentes conditions climatiques : la température et le taux de salinité sont les principales variables.

Pourquoi avoir choisir le LEMAR pour mener vos travaux ?

J’ai contacté Christine Paillard, qui est la chercheuse ayant identifié la maladie de l’anneau brun chez la palourde. Travailler avec elle au LEMAR pour ce projet me semblait assez évident, car c’est la personne qui connaît le mieux le sujet. Je m’inscris aussi dans un projet de collaboration plus large, financé par le CNRS pour 5 ans, entre le LEMAR et l’Université de Padoue en Italie. J’espère en profiter pour partir en Italie prochainement, afin d’apprendre de nouvelles techniques.

Auriez-vous une recommandation pour un lecteur curieux d’en savoir un peu plus sur cette thématique ?

Je recommande un livre qui s’appelle “The Secret Life of Clams : The Mysteries and Magic of Our Favorite Shellfish” par Anthony D. Fredericks (2014). C’est un récit facile à lire qui raconte notamment l’histoire, la biologie, et la gastronomie d’un grand nombre de bivalves cultivées et récoltées, écrit par un passionné de la mer. Malheureusement, je ne sais pas s’il existe une traduction française de ce livre.

Merci Morgan !

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